Château médiéval aux portes du Berry

L'esprit du Lieu
Aux origines : La tour du guetteur
Nous sommes ici sur les terres historiques du Bourbonnais, fief des Bourbon. A partir de 1190, sous le règne de Philippe-Auguste, une tour est édifiée à cet emplacement. Il s‘agit d’une tour de guetteur, destinée à observer les alentours et prévenir toute attaque ennemie. Du haut de cette tour, on aperçoit, par beau temps, la silhouette de la ville de Nevers, située à pourtant 22km. Au XIIe siècle, l’ennemi est anglais. En effet, des conflits opposent régulièrement les Français aux Anglais. L’une des sources de ce conflit est une situation paradoxale : Guillaume le Conquérant, responsable de la Normandie, devient roi des anglais dès 1066, ce qui, d’un point de vue protocolaire en fait l’égal du roi de France. Du fait de son origine normande, Guillaume le Conquérant doit allégeance au roi de France. Alors… les possessions normandes sont-elles devenues anglaises ou bien demeurent-elles une partie intégrante du domaine royal français ? Il faudra plusieurs siècles pour que le conflit trouve son terme, sans pour autant sceller une paix durable entre les deux royaumes. Cette tour présente donc de nombreux éléments défensifs caractéristiques de l’architecture du règne de Philippe-Auguste qui rappelle les constructions contemporaines : le Louvre et la grosse Tour de Bourges.
Au XIVe siècle : une récompense royale toute méritée
Par suite d’exploits guerriers auprès du Duc de Bourbon, la Tour du XIIe siècle devenue maisons forte avec haute, moyenne et basse justices, est offerte en récompense à une puissante famille de chevalier. Avec l’autorisation de Louis II de Bourbon, la Tour du guetteur devient un donjon encadré dorénavant d’une puissante forteresse défensive. De profonds fossés sont creusés, de hautes murailles de 3 mètres de large sont élevées et trois tours rondes d’angles répondent au donjon. Un pont-levis protège désormais l’entrée dans la cour et une chapelle, toujours présente, est édifiée à la droite de cette entrée. La forteresse comprenait un chemin de ronde au sommet de ses murailles. Un impressionnant système de circulation intérieur a été en partie conservé à l’intérieur des murs défensifs. Il permettait une circulation intérieure aisée des gardes et des domestiques, afin de ne pas troubler la vie quotidienne des seigneurs du lieu. La justice se tenait dans une salle dédiée surmontant un cachot, encore visible de nos jours. Les différents types de meurtrières et canonnières offrent un précieux témoignage de l’évolution de l’artillerie au cours des siècles.


L'art de vivre ici

La suite de l’histoire
Durant la Renaissance, la forteresse connait quelques modifications mais sans grande évolution. Au XVIIe siècle, de larges ouvertures sont créées à travers le mur défensif du corps de logis noble. Les grandes salles de représentation gagnent en lumière et s’ouvrent sur les jardins. Mais l’architecture et la silhouette des constructions du Moyen-Âge sont épargnées de toute modernisation. Il en est de même au XVIIIe siècle, époque qui apporte cependant des éléments de confort intérieur : cheminées néoclassiques en pierre sculptée, création d’appartements aux pièces plus intimes. La grande transformation intervient donc au XIXe siècle, sous le Second-Empire. La mode du Néogothique s’épanouit et cette forteresse suscite un vif intérêt. La silhouette évolue avec l’adjonction d’un large entablement agrémentés de créneaux surmontées de puissantes toitures d’ardoise. L’intervention la plus spectaculaire est sans nul doute le couronnement de tour primitive dont le dessin est attribué à Viollet-le-Duc. À cette époque, le château connait une période d’apogée et reçoit, notamment, la famille impériale avec faste lors de ses déplacements vers la station thermale de Vichy.
L’art des dedans
Du XIIe siècle, la Tour du guetteur a conservé une salle des gardes, une chapelle, une chambre supérieure, la tour d’escalier et les consoles supportant l’ancien hourd. Des aménagements réalisés au XIVe et au XVe siècles, le château conserve l’ensemble des pièces de représentation, deux escaliers à vis en pierre, l’ancien pont-levis et sa chapelle attenante, la pièce de justice, et son cachot. Du XVIIIe siècle, la demeure a conservé certains éléments décoratifs et des partitions de pièces. Largement remanié au XIXe siècle, le château conserve de cette époque des fresques dans la chapelle primitive de la Tour, un escalier de service en bois, la création de la galerie sur la cour d’honneur dont les murs présentent des vestiges de fresques et l’aménagement de nombreuses chambres. Des cheminées de marbre et des parquets de chêne témoignent également de cette période de faste où la forteresse se transforme en un véritable château d’apparat dont le Second-Empire raffole tant.

L'art des jardins
Les dépendances : un vestige du XVIIIe siècle
L’étude du cadastre napoléonien du début du XIXe siècle confirme la présence d’un vaste ensemble de communs en forme de U dont la configuration correspond peu ou prou à celle d’aujourd’hui. Datant vraisemblablement du XVIIIe siècle, ces dépendances présentent une architecture sobre et élégante. Comprenant un niveau maçonné et un niveau de comble avec lucarnes, leurs dimensions impressionnent et illustre l’importance du domaine à l’époque. Cette construction accueillait autrefois les écuries, des pièces destinées à loger le personnel œuvrant à l’exploitation du domaine, probablement une ancienne buanderie et diverses remises. Cet ensemble de bâtiments a été remanié au XXe siècle lorsque que le domaine a servi de maison d’accueil pour enfants. Une grande salle polyvalente a été aménagée pour accueillir pendant de nombreuses années des réceptions, des séminaires et tout type d’évènement. Cette activité a cessé depuis. Deux constructions du dernier quart du XXe siècle, transformées en lieux d’habitation, prennent place en lisière de forêt. L’une d’elle est agrémentée d’une piscine.
Un jardin romantique en héritage
Le château se dresse aujourd’hui dans un environnement particulièrement calme et préservé. De nombreuses essences rares d’arbres témoignent encore de l’évolution du jardin vers un vaste parc romantique durant la deuxième moitié du XIXe siècle. Des platanes, des séquoias géants, des pins et des liquidambars s’élancent avec majesté aux abords du château. Leur frondaison rivalise avec le couronnement du donjon. Au sud, une large percée ouvre le château sur un véritable océan de verdure. La silhouette de la forteresse en émerge, telle un vaisseau de pierre. A proximité immédiate du château, l’on trouve les vestiges de l’ancien jardin d’agrément : un bassin polylobé, un couple de lions sculptés, tenant avec sérieux leur rôle de gardiens des lieux et, plus loin, émerge la charmante silhouette d’une déesse. Le bois, spectaculaire par sa densité, a conservé ses anciens tracés. Cet ensemble foncier de 27 hectares représente un écrin à la mesure de l’histoire du domaine.


Les éléments essentiels
• Département : Centre Val de Loire
• Construction : du XIIe au XXe Siècle
• Caractéristique : Inscrit Monument Historique partiellement
• Surface habitable : 850 m² env.
• Superficie du terrain : 27 hectares
• Nombre de pièces : 20
• Nombre de chambres : 10
• Dépendances : Nombreuses dépendances
• État général : A Restaurer
• À proximité :
o Commerces et services à 20 minutes
• DPE : Non renseigné
• Prix Honoraires d'Agence Inclus : 900 000 €
• Honoraires d'Agence : 50 000€ à la charge de l'acquéreur
Dossier et visite sur demande
Les informations sur les risques auxquels ce bien est exposé sont disponibles sur le site Géorisques : https://www.georisques.gouv.fr/

Lecture de Florent Turpeau

Les forteresses médiévales ont rarement traversé les siècles sans perdre une part essentielle de leur identité. Les nécessités défensives devenues obsolètes, les évolutions du confort et les changements de goût ont souvent conduit à leur démantèlement, à leur abandon ou à une transformation si radicale que leur organisation primitive n’est plus perceptible.
Le présent château offre une lecture particulièrement éloquente de cette évolution. La tour du guetteur, édifiée dès la fin du XIIᵉ siècle, demeure le point d’ancrage d’un ensemble défensif progressivement constitué autour d’elle. Les fossés, les murailles, les tours d’angle, l’ancien pont-levis, les circulations ménagées dans l’épaisseur des murs et les différents dispositifs de tir témoignent encore avec force de la vocation militaire originelle du lieu. La singularité de cette demeure réside toutefois dans sa capacité à avoir accueilli les transformations successives sans effacer totalement les périodes antérieures. Les ouvertures réalisées au XVIIᵉ siècle, les aménagements intérieurs du XVIIIᵉ, puis la réinterprétation néogothique menée sous le Second Empire ont progressivement fait de la forteresse une demeure d’apparat. Cette évolution ne constitue pas une rupture, mais l’aboutissement d’un lent processus par lequel l’architecture défensive s’est adaptée aux usages résidentiels et à une nouvelle manière de représenter le pouvoir.
Cette continuité entre la forteresse, le château habité, les dépendances et le parc romantique constitue sans doute la qualité la plus précieuse du domaine. Le lieu ne raconte pas un état architectural figé, mais près de huit siècles d’histoire, de transformations et d’usages. C’est cette superposition encore lisible, associée à la puissance de sa silhouette et à l’ampleur de son environnement paysager, qui lui confère aujourd’hui son caractère exceptionnel.